15/01/2026
Histoire de France
J'avais écrit le compte rendu suivant pour la revue Esprit, qui me l'avait commandé. Entre-temps est intervenu un changement à la tête de la rédaction. C'est désormais Anne Dujin qui préside aux destinées de cette prestigieuse revue. Je lui souhaite bonne chance, à elle et à son équipe. Je continuerai, éventuellement, à écrire des articles pour Esprit, en m'adaptant à ses nouveaux objectifs. Dans une période d'extinction des revues, cet effort autour d'Esprit m'est très sympathique. Alors, n'hésitez pas ! Abonnez-vous...
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Notre époque est friande des bilans et autres inventaires, qui surgissent pour tâcher d’expliquer la situation de crise dans laquelle nous sommes plongés et où tous les repères viennent à manquer. Le gros ouvrage dirigé par Éric Anceau ne servira donc pas à combler un manque, mais plutôt à ajouter sa pierre à l’édifice. Mais pas n’importe comment. Dès sa préface, Éric Anceau insiste sur la portée nécessairement idéologique du projet, en condamnant cette « fausse modernité qui nous amène à lire le passé uniquement avec nos schèmes actuels de pensée, lecture aussi fausse qu’éphémère ». Cette petite pique est manifestement dirigée contre l’Histoire mondiale de la France dirigée par Patrick Boucheron en 2017, livre qui avait connu un très grand succès. De fait, les spécialistes choisis par Éric Anceau pour nous parler de la France ont surtout essayé de traiter leur matière comme ils savaient, ni plus, ni moins. On peut par exemple faire confiance à Bruno Dumézil, Thierry Lentz ou encore Laurent Joly, pour nous apporter un éclairage tout à fait sérieux, riche des dernières avancées. Dans sa conclusion sur Napoléon, Thierry Lentz écrit tout de même : « Reste cette part de nous léguée par un régime politique certes autoritaire, mais qui a profité d’avoir les mains libres pour bâtir un État et une société qui restent le modèle de ceux-là mêmes qui ont tant souhaité la chute de Napoléon. » On reconnaît là l’admirateur de l’épopée napoléonienne, mais toujours soucieux de ne pas virer dans l’exagération. Chaque contributeur livre ainsi une synthèse de ses travaux, ce qui peut être utile au lecteur novice. Cette Nouvelle Histoire de France est bel et bien une sorte de manuel de luxe, avec des textes très bien écrits, et par des historiens qui ont la passion de leur sujet. Pour se remettre rapidement en tête toute la Révolution française, il est facile de se reporter au récit de Michel Biard. Pour comprendre des périodes plus longues, on choisira d’autres chapitres, comme celui intitulé « Économie », rédigé par Dominique Barjot et Éric Anceau. Dans tout ceci, deux références classiques reviennent souvent sous la plume des contributeurs, Marc Bloch et Fernand Braudel, ce qui n’est pas rien. La limite du genre, disons-le simplement, est qu’il est difficile de faire le tour d’un événement important et complexe en seulement quelques pages. Mais justement, ces textes me semblent être là d’abord pour effectuer une première approche ou rafraîchir ses connaissances, comme lorsqu’on consulte une encyclopédie. Ensuite, dans le meilleur des cas, le lecteur aura la possibilité de poursuivre ailleurs, dans des livres plus conséquents, ce qu’il a commencé à étudier ici. Cette Nouvelle Histoire fait penser à tous ces dictionnaires culturels qui ont fait florès depuis vingt ans dans l’édition, et qui permettent à l’individu moderne de patiemment accumuler un savoir de base, qui lui servira dans maintes occasions de sa vie professionnelle, ou même privée. En ce sens, cette entreprise d’Éric Anceau est intéressante, jusque dans ses a priori politiques, qu’il n’est pas difficile de court-circuiter. C’est le livre qu’il faut posséder chez soi, pour s’inscrire dans son temps et dans son espace. Telle est aussi peut-être sa limite.
Nouvelle Histoire de France, ouvrage dirigé par Éric Anceau. Éd. Passés Composés, 1104 pages, 36 €.
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01/01/2026
Généalogie
Les origines polonaises de ma famille
Ma cousine Emmanuelle Miriel m’a transmis un document rédigé par mon grand-père paternel sur les origines polonaises de sa mère, Magdeleine Friese. J’y ai découvert beaucoup de choses intéressantes, que j’ignorais, notamment la dimension européenne de cette famille, en qui diverses nationalités ont su cohabiter au fil des siècles. Voici ce qu’écrivait Jacques Miriel, mon regretté grand-père. C’est lui, qui parle à le première personne. Mon commentaire suit dans une série de notes.
« Jacques Miriel né le 27-07-1901, père de Loïc Miriel (1) »
« Ma mère, née Friese, fille d’Albert Friese né le 24 janvier 1841 à Hangest-en-Santerre près d’Amiens dans la Somme (2). Le père d’Albert Friese était originaire de Pologne. Il s’appelait également Albert Friese. Il avait été banni, privé de ses droits et titres, par les Russes, lors de la révolution de 1830 (3). Médecin, il s’était installé à Hangest-en-Santerre où il avait épousé une Française (4) le 7 juin 1838. Mon grand-père Albert Friese, médecin aliéniste et de nationalité polonaise a été [dé]naturalisé français (5) en 1870-1871, pour faire la guerre franco-allemande. Il est mort le 25 août 1893, étant médecin directeur de l’asile de Roche Gandon à Mayenne (6). La famille Friese, d’origine hollandaise (7), était établie en Pologne depuis plusieurs siècles. Anoblie (8) par le Saint-Empire germanique, elle possédait des terres aux environs de Posen (9). Plusieurs membres de cette famille étaient installés à Odessa (Russie) et en Autriche-Hongrie (10) où ils avaient des charges à la cour impériale. Mon grand-père s’était engagé en 1860 (11) dans une insurrection armée de la Pologne, mais avait été prisonnier en Suède pendant quelques mois. Son frère, architecte Prix de Rome, a été tué en 1871 (12). »
Notes de JEM :
(1) Loïc Miriel, disparu en 2025, était mon oncle et le père de ma cousine Emmanuelle Miriel.
(2) Hangest-en-Santerre : dans la région des Hauts-de-France.
(3) Le père d’Albert a participé à l’insurrection polonaise de 1830 (dite Insurrection de Novembre 1830-1831). Il émigre en France après son écrasement dans la violence. Beaucoup de Polonais ont fait comme lui.
(4) C’est grâce à elle qu’il peut devenir français.
(5) Jacques Miriel veut dire en fait « naturalisé ». Sa naturalisation permet à Albert Friese de se battre avec les Français contre la Prusse.
(6) Mayenne : préfecture Laval.
(7) Aux XVe et XVIe siècles, des colons hollandais partent travailler en Pologne. On les appelle les Oledrzy.
(8) Les Friese font souche en Pologne, ils se sont parfaitement assimilés en occupant des postes importants.
(9) Posen en allemand, Poznan en polonais.
(10) C’est incontestablement une grande famille européenne, comme l’indique le nom de Friese (ou Friesen), qui signifie en allemand « frison » et est usité aussi aux Pays-Bas.
(11) Le grand-père collabore dès 1860 à ce qui allait devenir l’Insurrection de Janvier (1863-1864). Contre les Russes, toujours (hier comme aujourd’hui).
(12) Il y avait un membre de la famille Prix de Rome, mais qui a vécu plus longtemps : Paul Friesé (1851-1917). C’est un autre de leurs frères qui meurt en 1871.
11:55 Publié dans Histoire | Tags : origines polonaises | Lien permanent | Commentaires (0)